Depuis le Moyen Âge, cet hôpital et sa chapelle témoignent d’une tradition d’accueil, de soin et de spiritualité. Aujourd’hui fragilisés par le temps, ils font l’objet d’un projet de restauration respectueux de leur histoire.

Sur l’histoire de cet hôpital, les documents écrits manquent. Mais, en s’appuyant sur l’architecture, on peut néanmoins reconstituer son évolution. Puis, au XIXᵉ siècle, les archives écrites sont plus nombreuses : registres du Conseil d’hygiène sociale de l’arrondissement, registres de correspondance et de la Commission administrative de l’hôpital, etc. L’origine reste mal connue ; l’abbaye de Sainte-Croix, alors seigneur de la ville, a toujours revendiqué son rôle dans sa création, notamment lorsqu’elle fut attaquée au XVIIᵉ siècle, sur l’origine de la fondation ; cette fondation est vraisemblable ; d’ailleurs le premier nom de l’hôpital n’est-il pas « d’hôpital de Langroas » (où se retrouve le terme de « la Croix » – sous-entendu l’ermitage de la Sainte-Croix). En réalité, la tradition mentionne d’abord une léproserie. Situé en dehors de l’agglomération, il devait s’agir alors d’une sorte de simple oratoire.
On sait que l’expansion de la lèpre a commencé à la fin du Haut Moyen-Âge et s’est aggravée jusqu’au XIIIᵉ siècle, avant de décliner ensuite ; les recherches font état de plus de 2 000 léproseries dans le royaume, un chiffre énorme mais attesté par des études régionales ; sur Quimperlé, outre Frémeur, on en comptait deux autres, à Kerglien et à la Madeleine [1]. Beaucoup de ces établissements ont disparu sans laisser de trace et à la lèpre a succédé la peste. L’évolution hospitalière à Quimperlé s’inscrivait donc dans un contexte favorable, celui d’une époque où la Papauté encourage la fondation d’hôpitaux : 124 hôpitaux sont créés dans le royaume au XIIIᵉ siècle, 85 au XIVᵉ, 73 au XVᵉ.
En Bretagne, si les premiers hôpitaux attestés sont ceux de Dinan et Hédé dès le XIᵉ s., d’autres suivent au XIIIᵉ s. : Saint-Malo, Quimper, Auray, Ancenis, puis au XIVᵉ s. Rennes, Sarzeau… Les commanditaires sont variés, évêques, ducs, seigneurs comme le comte de Rohan, confréries comme celle de Sainte-Anne ou celui de l’Ordre du Saint-Esprit. Dans ces conditions, la fondation au XIVᵉ siècle par la puissante abbaye de Sainte-Croix, seigneur de Quimperlé, est tout à fait vraisemblable. On sait de source sûre (le Cartulaire) que l’hôpital fonctionnait déjà en 1423 (cf. p. 3). La date du XIVᵉ s. est même peut-être à reculer encore, quand on sait que les Plantagenêt ont joué un rôle hospitalier précurseur dans leurs possessions, l’hôpital Saint-Jean d’Angers date de 1175, celui du Mans (hôtel-Dieu de Coëffort) de 1180… or la Bretagne passe sous leur domination à la fin du XIIᵉ siècle.

Une localisation caractéristique

La localisation est conforme aux conceptions du XIIIᵉ siècle ; l’« hôpital Frémeur » a été établi sur l’ancienne voie de Quimper, donc un grand axe passant, afin de toucher le plus de malades. Il est établi en limite, mais en dehors de la zone agglomérée, pour éviter de favoriser la propagation des épidémies. Il est situé près du gros faubourg de Saint-Michel, un quartier populaire qui accueillait foires, marchés et pauvres de toute la région. La statue du pignon nord représente d’ailleurs un mendiant avec son écuelle, sa besace sur le dos et son bâton (et sans coquille Saint-Jacques). Symbole de ceux qui y étaient accueillis. Le bâtiment a été construit sur le versant et au fond de la vallée du Dourdu, une zone plutôt insalubre ; mais le ruisseau au fort courant (d’où son premier nom, le Frémeur ou Frout Veur (= le grand torrent)) avait suscité l’activité de nombreux moulins depuis le Moyen-Âge, alimentés par des biefs qui dédoublaient le cours d’eau : ainsi voit-on encore un bief creusé (quand ?) au départ de la rue actuelle des Tanneries pour s’écouler, perché à l’emplacement de la rue actuelle des Gorgennes, et qui alimentait une chute d’eau faisant tourner un moulin dans la prairie, en aval de l’hôpital.
Au XVIIᵉ siècle, le ruisseau longeait le mur de pignon de l’hôpital et il était même accessible directement dans la cave à partir d’une porte qui fut ensuite bouchée (son emplacement est toujours visible) ; mais par la suite, la multiplication des tanneries en amont de l’hôpital entraîna de multiples rejets, qui polluèrent le ruisseau qui prit alors le nom de Dourdu (eau noire). Ce ruisseau joua aussi un rôle essentiel à l’hospice, pour répondre aux préoccupations d’hygiène : pendant longtemps, il servit un peu d’égout de plein air. Cette situation dura jusqu’au XXᵉ siècle puisque le ruisseau ne fut couvert qu’en 1901.
Autres avantages du site, le quartier était peu peuplé et il le resta longtemps du fait des prairies ; ainsi le cadastre de 1820-1824 montre encore une traînée de maisons discontinues le long de la rue Saint-Yves (cf. couverture). Cette faible urbanisation favorisa l’extension de l’établissement hospitalier. Ainsi au XVIIᵉ siècle, d’après le plan de 1679, on apprend que c’est peu auparavant que l’hôpital acquit auprès de propriétaires fonciers nobles (les sieurs du Stang et de Penquelein) la plus grande partie du vallon du Dourdu, alors peu exploité. L’hôpital put donc s’étaler largement.
[1] R. Toupin, Les lépreux du pays de Quimperlé et leurs descendants à la fin du XVIIᵉ siècle. Bulletin n° 40 de la SHPK déc. 2011.

Texte écrit par Alain Pennec, président de Histoire et patrimoine de Kemperlé. Agrégé de l’Université.