RUINE ET RESTAURATION (PARTIELLE) 2011-2017

Dans ces années 2000, ce « joyau historique » (selon l’expression du maire en 2017) semblait condamné ; la plupart des Quimperlois s’en désintéressaient quand ils doutaient même de son intérêt ou ignoraient carrément son existence ; les municipalités successives n’étaient pas prêtes à s’engager financièrement. Sensibilisé par l’historien Yves Bellancourt, et devant l’immobilisme de la direction de l’hôpital, l’adjoint à la Culture depuis 1995, décidait d’agir en sensibilisant le maire, Marcel Tusseau, à demander son inscription auprès de la CRPS¹⁵, ce qui fut fait en 1998, première étape avant son classement obtenu 4 ans plus tard.

Une chambre abandonnée avant les travaux de la première tranche 2015-2017 (et qui n’a pas évolué depuis).

Mais on sait que le classement ne suffit pas pour protéger un édifice comme l’hôpital Frémeur. Le nouveau maire élu en 2008, décida de programmer des travaux de sauvegarde. Mais, à Quimperlé, ville patrimoniale, d’autres chantiers étaient alors prioritaires, comme celui de la charpente de Notre-Dame qui fragilisée n’était plus étanche. Le vieil édifice de l’hôpital n’était donc pas à l’abri de graves avaries possibles. Encore fallait-il savoir vers quoi la Ville allait s’engager. Le maire sollicita donc en 2011 madame de Ponthaud, architecte en chef et inspectrice en chef des Monuments historiques, à la fois pour les travaux d’urgence sur Notre-Dame et pour établir un diagnostic sur Frémeur.
Cette première étape vers la restauration montra effectivement l’ampleur des dégâts et des dysfonctionnements, notamment ceux issus des fuites de la toiture, mais souligna aussi l’intérêt exceptionnel du bâtiment. Quelques photographies permettent de mieux illustrer la situation d’alors et l’urgence de travaux (page précédente).

En même temps, il fallait réunir les conditions pour le démarrage rapide des opérations en 2014, une fois Notre-Dame restaurée. Après sollicitation, le maire obtint l’accord de subventions auprès de la DRAC, de la Région, du Conseil général, et de la Fondation du Patrimoine.
Une association des Amis de Frémeur fut difficile à créer mais elle le fut, c’était l’essentiel. Compte tenu des subventions exceptionnelles promises, en 2014, le nouveau maire Michaël Quernez, fit finalement voter l’engagement des travaux pour 2015 ; découpés en deux tranches, la première se déroula jusqu’en 2017. Elle ne concernait que la chapelle, la partie des dortoirs étant reportée à plus tard. Qualifié par le maire lors de l’inauguration de « bijou », cette première tranche du chantier, obtint le ruban bleu du patrimoine.

Le bâtiment fut mis hors d’eau, et la toiture entièrement refaite. Le chantier aboutit à plusieurs restitutions : le toit de la chapelle rampant sud, les croisées en pierre des baies du XVIᵉ siècle sur rue, la voûte de l’oratoire dont le ciel étoilé d’origine, articulé sur des cerces moulurées, la voûte de la nef entièrement refaite dans un style en sfumato¹⁶, les planchers de 2 chambres dont le plafond de la sacristie alors entièrement pourri, la re-colorisation de certains blasons. L’humidité avait d’autant plus attaqué les planchers (chambres et dortoirs) que le linoléum posé (quand ? Vers 1950 ?), l’entretenait. Mais la restauration a surtout permis de découvrir dans le chœur, sous l’enduit, une magnifique fresque. Alors que la DRAC avait fait le choix d’une unité néo-gothique, la question du sort de la fresque d’inspiration baroque se posa aux restaurateurs, qui finalement optèrent pour sa conservation… et heureusement peut-on penser. Le décor qui s’est révélé est celui de lourdes draperies bleues à franges, retenues par des cordelières dorées et tressées qui forment de lourds nœuds sur le côté, d’où pendent de gros glands dorés ; c’est un peu un décor théâtral comme j’aime le baroque ; une tête d’ange à ailes est placée au sommet, là d’où divergent les tentures, qui devaient se déployer sur tout le mur

Restauration de la fresque en 2016. Cette belle fresque, Bigot n’a pas voulu la détruire ; il l’a fait couvrir simplement d’une couche d’enduit ; mais quand les restaurateurs ont recherché des traces de la retombée des tentures dans la partie basse du mur, ils n’ont rien trouvé, car tout avait été piqué et gratté, et avait donc disparu. On constate que Bigot adoptait comme Viollet-Le-Duc, des méthodes de restauration parfois radicales. Mais l’époque le permettait.

Restait à obtenir quelques renseignements sur cette œuvre car il n’existait aucune documentation. On s’est alors rapproché d’un décor comparable avec draperie, dans une autre chapelle, celle de Crénénan, près de Guémené à 40 km de Quimperlé, en terre des Rohan. Sur ce décor, on dispose de quelques dates : le retable qui encadre la forme ogivale de la grande verrière date du XVIIᵉ siècle, mais lambris de la voûte a été peint en 1716. Le drapé double de la tenture qui encadre le haut de la verrière est traité comme à Quimperlé, mais semble-t-il, de façon un peu moins élaborée : pas de franges à la tenture, des plis plus répétitifs, une cordelière de fils dorés plus simplifiée… C’est un peu comme si Crénénan s’était inspirée de la fresque de Quimperlé, qui serait donc antérieure et daterait dès lors d’avant 1716 (ou même d’avant 1700 ?), en tout cas de l’époque du baroque ! On ignore par contre si la tenture à Quimperlé s’accompagnait d’un retable ?

La restauration a permis également de faire l’inventaire du mobilier et de le restaurer : statues, autels… et lustre. Par contre, les boiseries des chambres ont été démontées et entreposées par la Ville ; on ignore encore la date de leur remontage, on peut peut-être l’espérer pour 2024 ?

Texte écrit par Alain Pennec, président de Histoire et patrimoine de Kemperlé. Agrégé de l’Université.